Une offre d'emploi publiée en 2026 par l'association Les Retournées, à Anglet, cherche un chef d'équipe pour une ligne de lavage d'emballages alimentaires. Le poste consiste à encadrer la collecte, le tri, le lavage, le contrôle et le reconditionnement de bouteilles et de bocaux avant leur remise en circulation. Rien de spectaculaire dans l'intitulé, mais il décrit assez bien un métier qui n'existait pas il y a dix ans et qui se développe aujourd'hui sur tout le territoire, discrètement, loin des discours sur l'impact carbone qui occupent la communication du secteur.
Le réemploi d'emballages se présente presque toujours comme un sujet environnemental. Il est aussi, de manière moins commentée, un sujet d'emploi local, avec des caractéristiques assez particulières : ce sont des activités physiques, ancrées sur un territoire, qui ne se délocalisent pas aussi facilement qu'une ligne de production standard.
Un secteur qui emploie déjà, loin de la masse critique
Selon un baromètre réalisé par Deloitte pour le réseau Vrac et Réemploi en 2024, le secteur du réemploi d'emballages représentait environ 9 000 emplois en France cette année-là, pour une filière encore très jeune : 80 % des opérateurs ont moins de cinq ans d'existence. Le même baromètre recense 69 centres de lavage sur le territoire, pour environ 1 000 points de collecte chez les distributeurs.
Ces centres restent largement sous-exploités : leur taux d'utilisation ne dépassait pas 20 % en 2023, alors qu'ils auraient la capacité de traiter jusqu'à 300 millions d'emballages par an contre 12,5 millions effectivement lavés cette année-là. Cet écart signifie une chose importante pour le volet emploi : la capacité industrielle, donc les postes qui vont avec, existe déjà sur le territoire. Ce qui manque, c'est le volume de retour nécessaire pour la faire tourner à plein, et donc pour transformer des emplois sous-utilisés en emplois pérennes à temps plein.
L'échelle plus large de l'économie circulaire
Pris dans son ensemble, le secteur de l'économie circulaire pèse beaucoup plus lourd. Une monographie de l'UDES publiée en mars 2025 recense 810 000 emplois liés à l'économie circulaire en France en 2021, soit 2,9 % de l'emploi total, en progression de près de 200 000 équivalents temps plein depuis 2010. Le pilier qui en concentre le plus est celui de "l'allongement de la durée d'usage", qui regroupe le réemploi, la réutilisation et la réparation : 350 800 emplois, soit 43 % des effectifs du secteur. Le recyclage en représente 164 800, l'approvisionnement durable 200 000 équivalents temps plein.
Le réemploi d'emballages ne constitue qu'une fraction de ce pilier, aux côtés du textile, du mobilier ou de l'électroménager. Mais il en partage la même logique de fond : ce sont des métiers de main-d'œuvre, difficiles à automatiser entièrement, parce qu'ils reposent sur des opérations de contrôle visuel, de manipulation et de nettoyage qui s'adaptent mal à une chaîne entièrement robotisée, surtout pour des volumes encore modestes.
Collecte, lavage, remise en circulation : des métiers ancrés sur un territoire
Un rapport conjoint de l'Union pour le Réemploi Solidaire et du réseau Réduire+ chiffre à plus de 2 500 le nombre de structures de l'économie sociale et solidaire qui proposent des solutions de réemploi en France, pour environ 40 000 emplois locaux non délocalisables, dont une part importante en insertion. Ce chiffre couvre l'ensemble du réemploi solidaire, bien au-delà du seul emballage. Il illustre malgré tout un trait commun à toute cette filière : la collecte d'un objet usagé, son contrôle, son nettoyage et sa remise sur le marché sont des gestes qui se font sur place, près de là où l'objet a été utilisé.
Un exemple documenté par l'UDES dans sa monographie 2025 donne une idée de ce que ça représente à petite échelle : une coopérative (SCIC) du sud de la France, neuf salariés, dont l'activité consiste à réintroduire un système de consigne pour les emballages en verre. Elle collecte, lave et remet en circulation des bouteilles et des bocaux, en s'appuyant sur des partenariats avec des producteurs et des commerces de proximité situés dans un périmètre resserré, jusqu'à confier le transport du verre collecté à une société utilisant des véhicules électriques. Neuf emplois, un territoire, une boucle logistique courte : ce format se retrouve, à des échelles variables, dans plusieurs structures françaises du secteur.
Une part significative en insertion
Ce que les chiffres bruts d'emploi ne montrent pas toujours, c'est la nature de ces postes. Une partie notable des structures de réemploi, notamment dans l'économie sociale et solidaire, fonctionnent sous des conventionnements d'insertion par l'activité économique. La monographie de l'UDES documente le cas d'une coopérative portant plusieurs de ces conventionnements dans les secteurs de la gestion des déchets, du recyclage et du second œuvre du bâtiment, avec pour mission explicite de lutter contre le chômage de longue durée tout en développant une activité économique rentable.
Les métiers de collecte, de tri et de lavage d'emballages demandent un apprentissage progressif plutôt qu'une qualification initiale poussée, ce qui en fait des points d'entrée assez naturels pour des personnes éloignées de l'emploi depuis longtemps. Le reconditionnement d'emballages réemployables n'a pas vocation première à être un outil d'insertion professionnelle, mais une partie significative des structures qui le pratiquent aujourd'hui en France s'en servent aussi dans ce sens, sans que ce soit toujours mis en avant dans leur communication.
Ce que ça signifie pour une entreprise qui réfléchit à sa logistique emballage
Pour une entreprise qui envisage de construire ou de confier sa boucle de réemploi, ce volet emploi n'est pas qu'un argument de communication à ajouter en fin de brief. Il pèse aussi sur des choix concrets : un hub de lavage installé à proximité des zones de livraison crée des trajets de collecte plus courts, donc un meilleur bilan logistique, et s'appuie souvent sur une main-d'œuvre locale déjà disponible dans ce type de structures. Un circuit massifié vers un site unique éloigné peut sembler plus simple à organiser sur le papier, mais il reproduit, à l'échelle de l'emballage, les mêmes arbitrages entre centralisation et ancrage territorial que connaît toute la filière du réemploi depuis dix ans.
Le secteur reste loin de la maturité : des centres de lavage sous-utilisés, un taux de retour encore insuffisant, une filière composée à 80 % de jeunes opérateurs. Mais la structure d'emploi qui se dessine déjà, avec des postes locaux, peu délocalisables, et une passerelle vers l'insertion pour une partie d'entre eux, constitue un argument que le secteur commente encore trop peu, alors qu'il pèse concrètement sur le choix d'implantation d'un hub de reconditionnement.
Sources
- La Gazette / Les Tablettes Lorraines, "Le secteur du réemploi veut changer d'échelle" (baromètre Deloitte pour le réseau Vrac et Réemploi, 9 000 emplois en 2023, 69 centres de lavage)
- UDES, monographie de l'économie circulaire (mars 2025) : 810 000 emplois en 2021, répartition par pilier, étude de cas de la coopérative de consigne verre
- Union pour le Réemploi Solidaire et réseau Réduire+, note pour les municipales 2026 (plus de 2 500 structures ESS, 40 000 emplois locaux non délocalisables)
- Offre d'emploi, Les Retournées, chef d'équipe de ligne de lavage d'emballages alimentaires, Anglet